Corneille Molière L’Arrangement

Nous racontons une association jubilatoire : l’arrangement d’un écrivain et d’un homme de théâtre.

Mariage arrangé de Corneille et de Molière, ou l’histoire d’une acceptation, d’un abandon réciproque. Abandon d’un homme initié à un homme d’intuition. Abandon de l’homme intrépide amant à l’homme mûr amoureux. Abandon de la richesse et du talent de l’un à l’insolente et éclatante vérité de l’autre.

CORNEILLE et MOLIERE, NOS CONTEMPORAINS

Homme de l’ombre, auteur de génie, piètre lecteur et amoureux transi, Corneille est enfermé chez lui et se nourrit de vengeances et de revanches, d’intérêts financiers. Combien de commandes inavouables a-t-il accepté ?

Homme de lumière, directeur de troupe, formidable acteur, Molière parade à la Cour du lever au petit coucher et passe ses nuits à l’auberge. Combien de pièces a-t-il eu le loisir de composer ?

Ma démarche n’est pas celle d’une historienne ou d’un chercheur, il n’est pas question d’affirmer des vérités. Il n’est question que de poser des questions. Riche des toutes dernières découvertes mises à jour par les Archives et les nouvelles lectures des spécialistes, je pars de ce postulat : la probable collaboration de Corneille et Molière.

L’enquête est passionnante et référencée, les personnages vibrants, proches, drôles et touchants à la fois. De vrais personnages de théâtre à la hauteur du jeu et des enjeux.

Corneille et Molière restent les héros de notre temps. Nous les traiterons donc comme tels. Nos contemporains.

La pièce

Nous ne souhaitons pas nourrir la polémique. Cette hypothèse ne déshabille pas Molière pour habiller Corneille.

C’est une fiction qui prend appui sur des repères historiques, des circonstances politiques, des événements intimes et s’articule autour des créations des oeuvres majeures de Molière.

Depuis la fin du XIXème de nombreux spécialistes démontrent dans la réprobation générale que Corneille est l’auteur de ces oeuvres majeures. Les recherches sont aujourd’hui arrivées à maturité.

Je pars de ce postulat, sans pour autant affirmer Corneille comme source unique. La notion d’auteur au XVIIème siècle est éclairante. L’auteur est celui qui apporte la pièce, qui s’en fait le principal investisseur. Peu importe qui apporte la trame. Peu importe qui la versifie.

Corneille écrit, Molière construit. Corneille compose, Molière dispose. En s’en emparant, c’est à dire en l’achetant, l’acteur en fait sa propriété, la manipule et l’arrange avec ou sans l’accord de l’écrivain.

Molière, « le bouffon du Roi » libre dans ses expressions, pouvait mais ne savait dire ce que Corneille , « l’auteur le plus approuvé du siècle », figé dans sa gloire, savait mais ne pouvait dire.

C’est l’histoire de la fabrique de l’écriture vivante, de l’invention d’un théâtre éternellement moderne.

Valérie Durin – octobre 2017

Partenaires

Conseil Départemental de l’Yonne

Théâtre Municipal de Sens

Repères Chronologiques

  • 1644 – Corneille triomphe avec Le Menteur, comédie de caractère. Il perd ses lettres de noblesse. La tragédie seule appartient au genre noble.  Il vit à Rouen.
  • Jean-Baptiste Poquelin prend le nom de Moliere (sans l’accent) et prend la tête de l’Illustre Théâtre dirigé par Madeleine Béjart. Criblé de dettes, il est emprisonné puis contraint de vendre le Théâtre qu’il avait investi au Marais et quitter Paris.
  • 1658 – Retour de Molière de treize années de tournée en province. Il s’installe à Rouen pour six mois. Création de L’étourdi
  • 1662 – Mariage de Molière avec Armande Béjart. Déménagement de Corneille pour Paris
  • Première de L’Ecole des femmes
  • 1663 – Molière pensionné comme « bel-esprit » auprès du Roi.
  • 1664 – Naissance et mort de Louis Poquelin, premier fils de Molière. Louis XIV en est le parrain
  • La princesse d’Elide, Le mariage forcé. Tartuffe est interdit par L’Eglise toute-puissante. Corneille perd les lettres de noblesse que lui avait valu Le Cid.
  • Charles, troisième fils de Corneille meurt. Année noire pour Corneille, commencement de son déclin.
  • Molière joue Racine La Thébaide
  • Dom Juan restera à l’affiche sept jours.
  • Naissance du seul enfant survivant de Molière : Esprit-Madeleine Poquelin
  • 1666 – La reine mère meurt
  • Le Misanthrope
  • 1667 – Tartuffe ou l’Imposteur interdit une nouvelle fois.
  • La Troupe joue La Veuve à la mode de Donneau de Visé en complément d’Attila de Corneille qui est un échec. Séparé de sa jeune femme Armande, Molière habite Auteuil avec Claude Chapelle qui ne cesse de boire avec lui. Plusieurs témoignages affirment que Chapelle seconde Molière.
  • 1668 – Georges Dandin
  • 1670 – Tite et Bérénice de Corneille contre Bérénice de Racine. Racine gagne, une confrontation souhaitée par Madame, la femme du frère du roi.
  • 1672 – Madeleine Béjart meurt à cinquante-quatre ans. Elle laisse une belle fortune à sa fille Armande et à son époux Jean-Baptiste Poquelin qui a déjà 14 000 livres de revenus annuels, soit en quatre ans plus que ce que Corneille a gagné durant toute sa carrière.
  •  Les Femmes savantes
  • 1673 – Le Malade imaginaire. Mort de Jean-Baptiste Poquelin dit Molière un an jour pour jour après Madeleine.
  • 1684 – Mort de Pierre Corneille

L’histoire

La collaboration Corneille-Molière ne fut pas « secrète », seulement discrète. Molière plaçait en Pierre Corneille, de seize ans son aîné, tous ses rêves de réussite.

Molière veut être « l’interprète de Corneille, voire s’imposer à Corneille comme son interprète ». Il emménage à Rouen. Le destin de Jean-Baptiste Poquelin, dit « Moliere », est définitivement lancé. Et Pierre Corneille, après une retraite de sept ans, peut, grâce à son « Moliere », du vieux français « legitime », commencer une nouvelle carrière.

« L’étourdi » (1658) première pièce issue de l’arrangement. Début de quinze années de collaboration.

Les adorations de Corneille pour les femmes de Molière sont frappantes :  il y a un temps pour Catherine de Brie puis pour Marquise Du Parc ( on retient le fameux « Marquise si mon visage a quelques traits un peu vieux… ») et aussi pour Armande Béjart.

TEXTE ET MISE EN SCENE
Valérie Durin

AVEC
Corneille / Etienne Brac
Molière / Jean-Benoît Terral

  • Les 15 et 16 mars 2018 au Théâtre Municipal de Sens
  • Le 19 mars 2018 au Centre de détention de Joux la ville
  • Le 22 mars 2018 au Skenet°Eau, espace culturel de Monéteau
  • Du 2 au 7 avril 2018 au Théâtre de l’Epée de Bois – Cartoucherie de Vincennes à Paris

Sur demande rencontre-débat à l’issue du spectacle avec

Dominique Labbé, chercheur au CNRS de Grenoble