Cœur serré

Cette création est portée par trois structures artistiques :
• SCIC MOTRA production
• ARRANGEMENT THEATRE co-production
• CIE LIBRE D’ESPRIT co-production

Avec le soutien du Ministère de la Culture Grandes Formes Théâtre et du Fonds SACD (Société des Auteurs et Compositeurs d’Art Dramatique), de la SPEDIDAM, de l’ADAMI

Texte Valérie Durin
Mise en scène Nikson Pitaqaj
Avec Lina Cespedes, Henri Vatin, Anne-Sophie Pathé, Mirjana Kapor, Valérie Durin, Nikson Pitaqaj, Naïma Gheribi, Christopher Maroumba.
Scénographie Moutti Khatri-Foltz et Nikson Pitaqaj
Régie Félix Hugue

Author's note

Au départ, il y a un désarroi. Je ne comprenais pas. Je ne le reconnaissais plus. Il m’avait habituée à 40 messages par jour et soudainement il se murait dans le silence. Puis il m’a envoyé une photo de nous pour me dire qu’il m’aimait toujours. Je ne me reconnaissais pas sur cette photo. Qui étais-je devenue durant ces trois années de relation fusionnelle ? Je me suis tournée vers les autres, mes amis, mes enfants, ma famille, mes partenaires et ils m’ont accueillie comme après un long sommeil. Ça y est, je me réveillais. J’ouvrais les yeux et je me rendais compte que mon amour n’était pas de l’amour, que ma relation était comme on dit aujourd’hui, toxique. Je m’étais engluée et je ne voyais plus rien. Que lui. Le reste ne comptait pas, je m’éloignais de mon métier, de ma famille, de mes amis. 

C’était assez vertigineux. Réaliser que la personne que vous aimez, votre compagnon de vie, vous entraîne dans l’abîme. Et que vous y allez, volontairement, dans le consentement d’une femme adulte, mûre que vous êtes devenue. Je fréquente des personnes qu’on pourrait qualifier de déviantes. Je travaille dans le milieu de la justice depuis presque 20 ans. Il m’arrive régulièrement d’être dirigée par des metteurs en scène névrosés, obsessionnels et maltraitants. Je ne les crains pas, je les vois, je les connais. Et dans le même temps, je ne voyais pas les dysfonctionnements de mon compagnon. Pas du tout. Je ne mentais pas. Je n’étais pas dans le déni. Je ne cachais pas ses crises à mon entourage mais je trouvais toujours une raison valable pour les comprendre. Et surtout j’oubliais. Ce sont les autres qui m’ont raconté cette violence. Alors j’ai eu envie de leur donner la parole. Et une sorte de démultiplication s’est opérée. En ouvrant le champ de l’entourage, je découvrais d’autres emprises. Intolérables. 

Le sujet de l’emprise s’est imposé dans son absurdité parfois comique, il s’est placé seul à la juste mesure de sa gravité. C’est un sujet fort encore trop méconnu et qui nous a tous atteint ou nous atteindra un jour, peut-être même sans qu’on s’en aperçoive, peut-être dans une apparente banalité. Parce que l’emprise est invisible, sourde et indolore. Ce phénomène n’est pas cerné. Il serait essentiel de parvenir à repérer les premiers signes d’emprise, de s’interroger sur leur provenance et pourquoi nous les acceptons. 

En terminant cette pièce, je n’ai pas encore répondu à ces questions. Cette pièce n’y répondra pas. Mais j’espère qu’elle permettra, dans les rires et les propositions au plateau de voir surgir la complexité humaine. 

Aujourd’hui je confie cette pièce à la compagnie Libre d’Esprit. Je l’ai écrite pour cette équipe. Je la connais depuis quelques années, elle est avant tout saine comme son nom. Ses artistes évoluent dans la jubilation et le respect des autres. Ils sont généreux, talentueux, constants et entiers. L’énergie de leur travail force l’admiration. Leurs spectacles sont audacieux, proposant une distribution nombreuse, des spectacles devenus trop rares. C’est pour moi une grande chance de les rejoindre. 
Valérie Durin

Note d’intention et mise en scène

Cœur serré traite d’un sujet extrêmement sensible et complexe, l’emprise, qui se révèle dans tous les pans de la vie : amoureux, amical, familial, professionnel… 

La force du texte de Valérie Durin est de se confronter à l’emprise, à la fois dans sa réalisation directe, qui s’exprime dans le rapport à l’autre, mais aussi dans ses méandres inconscients qui définissent le rapport à soi. Le travail sur l’inconscient est précisément celui que je mène avec la troupe Libre d’Esprit. Son omniprésence dans la pièce est, selon moi, ce qui la rend aussi riche et par conséquent aussi forte. Il ne s’agit pas de rejeter la faute sur autrui dans une forme de manichéisme mais de sonder notre humanité et les raisons pour lesquelles l’emprise, dont les mécanismes sont universels et intemporels, est susceptible de tous nous déposséder de nous-mêmes et concerne beaucoup de monde, pour ne pas dire tout le monde. 

Le fait que Valérie fasse le choix d’écrire spécifiquement pour la troupe, d’autant plus sur une histoire inspirée de sa vie, est une marque de confiance artistique et humaine dont je suis très fier et qui exacerbe les enjeux de cette création. Si j’ai exercé beaucoup de métiers, j’ai l’intime conviction que le théâtre, qu’elle vit au quotidien, comme moi avec ma troupe, est le plus difficile parce qu’il exige de faire face à soi-même et à ses contradictions. Pour cette raison, le théâtre, force vitale essentielle, contribue à se libérer de toute forme d’emprise, pour le personnage d’Armelle comme pour le public dans son identification aux différents personnages et situations de Cœur serré

Le sujet est grave, néanmoins Cœur serré est une pièce pleine de vie, portée par une galerie de personnages hauts en couleur qui se débattent dans leurs contradictions. L’humour, présent d’un bout à l’autre de la pièce, permet de désarçonner les traumas les plus profonds. L’urgence règne, les scènes se chevauchent, les personnages vont et viennent et le rythme du jeu s’apparente aux battements d’un cœur qui s’affole. 

Un travail autour de l’image, du son et de la musique, transcendant les mots au service de l’inconscient, amplifiera la plongée au cœur des états et situations traversés par les personnages. 

Le jeu des acteurs est au cœur des créations de la compagnie. Si l’emprise est un sujet qui s’invite dans notre quotidien, toutes les situations seront poussées à leurs extrêmes dans le respect de nos fondamentaux de travail : L’implication totale des corps, tout en dessin, les yeux des acteurs qui ne clignent pas pour ne jamais rompre le contact avec l’instant présent, un certain usage des silences dans le jeu afin d’évoquer tous les non-dits du texte… Si travailler un texte avec son auteur est toujours un exercice délicat, nous restons fidèles à notre processus de création, connu et reconnu par Valérie, où le jaillissement des situations et la naissance des personnages précèdent le travail précis du texte. En effet, le travail s’effectue d’abord en musique sur un plateau nu. Rien n’est défini au préalable : aucune idée de mise en scène. Une fois le corps échauffé, des répliques fusent de toutes parts. Elles peuvent se répondre ou simplement être répétées en chœur. Le texte est dit vite, fort, en chantant, en courant, en dansant, en jouant avec la même naïveté que des enfants. Il s’agit de déconstruire pour construire sans se laisser paralyser par des certitudes pré-établies, une kyrielle de préjugés ou un respect castrateur pour les textes. Il s’agit de libérer l’inconscient qui est le terreau fertile de l’emprise et qui est admirablement transcrit dans le texte de Valérie.

Nikson Pitaqaj

Distribution & media

Calendrier des représentations 2025

• FESTIVAL OFF – Avignon (84) du 5 au 26 juillet –Théâtre Episcène
• FESTIVAL ON – Caumont-sur-Durance (84) les 02, 29 juillet et 2 août – Jardin Romain 
• Joigny (89) le 26 septembre – Salle Claude Debussy 
• Auxerre (89) du 17 au 19 octobre – La Scène des Quais 
• FESTIVAL GRAND LARGE – Gravelines (59) les 30 octobre, 5 et 8 novembre – Scène Vauban 
• Caumont-sur-Durance (89) le 15 novembre – Salle Roger Orlando 
• Saint-Maurice-le-Vieil (89) le 16 novembre – Salle des fêtes 
• Saints-en-Puisaye (89) le 22 novembre – Moulin de Hausse Côte 
• Aix-en-Provence (13) les 28, 29 novembre – Théâtre Ainsi de Suite 
• Avignon (84) le 18 décembre – Théâtre des Carmes André Benedetto

Calendrier des représentations 2026

FESTIVAL OFF – Avignon (84) du 4 au 25 juillet – Théâtre 3T « 10ème avenue »

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