ANNA KIRILLOVNA

Boulgakov l’a créée pour l’accompagner dans Morphine, son récit autobiographique, pour accompagner Poliakov, ce jeune docteur morphinomane affecté à Levkovo, un secteur perdu d’Ukraine. Boulgakov la fait mourir en 1922 du typhus.

Anna Kirillovna, l’assistante médicale de la clinique de Levkovo, a 25 ans quand elle rencontre le jeune médecin Poliakov. Elle est mariée à un officier, déporté en Allemagne. Sans nouvelles de lui, elle ne cherche plus à en recevoir. Elle tombe follement amoureuse de Poliakov et ils projettent de se marier dès que la situation extérieure sera devenue plus calme. La mort de Poliakov brise ce projet et la confine dans les neiges.

Elle reste à Levkovo. Ce n’est pas un choix, sa place est là, elle est avalée par les événements et les patients se succèdent comme se succèdent les différents médecins, nommés pour trois années au plus à cette place, elle est secrètement liée à Poliakov.

Pourquoi évoque-t-elle son amour au début de cette seconde guerre mondiale ? La révolution bouleverse de nouveau les grandes villes et isole les campagnes. L’histoire se répète et les événements aussi. Cette nouvelle guerre pourrait peut-être la délivrer d’un passé obsédant qui l’immobilise depuis plus de vingt ans.

Pour retrouver sa propre vérité, pour en chercher la cohérence, elle traverse encore une fois les fleuves gelés, la culpabilité vénéneuse, l’emprise de la morphine, la mort sordide de son amour.

L’a-t-elle tué ?
Faut-il s’avouer meurtrière pour exister ?
Pourquoi sa vie s’est-elle arrêtée ?
Que va-t-elle devenir maintenant ?
Une confession blanche… comme une série de vaines tentatives pour accepter de vivre.

« Nous avons tous besoin d’un récit pour exister. Il faut faire de sa vie un récit. »
Michel Serre